Le dictionnaire Larousse définit l’abécédaire, terme issu du latin abecedarius, « relatif à l’abc », comme « un livre d’apprentissage de l’alphabet, qui illustre, en suivant l’ordre alphabétique, chaque lettre par un ou plusieurs mots dont cette lettre est l’initiale ».
On retrouve les abécédaires sur divers supports comme les affiches, les broderies ou les livres. Ainsi en est-il de ceux destinés aux enfants qui découvrent la lecture. Ces abécédaires, dont on trouve des traces dès le XVème siècle, respectent les étapes progressives de cet enseignement comme les syllabes, les mots et les petites phrases. Reconnus comme l’un des plus anciens genres de livres destinés à la jeunesse, les abécédaires fleurissent en France au XVIIIème siècle et plus encore au XIXème, en même temps que la mise en place de l’enseignement public.
Abécédaire brodé
Dans l’univers des brodeuses, le mot abécédaire désigne les ouvrages ayant pour thème principal l’alphabet.
A partir du XVIIème siècle, la broderie entre de plein pied dans l’éducation des petites filles, au même titre que la lecture et l’écriture. C’est ainsi que l’alphabet brodé devient un exercice incontournable réalisé par les fillettes dès l’âge de 5 ans, dans un double objectif : celui de l’acquisition des lettres et des chiffres d’une part, et celui de la préparation aux travaux domestiques dont fait partie le marquage du linge d’autre part.
Quant aux femmes, elles brodent aussi des abécédaires. Souvent très élaborés et réalisés en souvenir d’événements familiaux, ils sont agrémentés de fleurs et de scènes champêtres, mais aussi de motifs symboliques et religieux.
C’est aussi à cette époque qu’apparaissent les marquoirs ou samplers, pièces de tissus sur lesquelles les femmes s’exercent à la réalisation de motifs au point de croix et qui évolueront vers la réalisation d’alphabets aux calligraphies variées. Transmis de génération en génération, ces marquoirs constituaient de véritables banques de motifs et faisaient partie du patrimoine familial.
La pratique de l’abécédaire brodé, dont on peut situer l’âge d’or au XIXème siècle se perdra au cours du siècle suivant, avant de faire un retour en force dans les années 1980 grâce à des artistes et des professionnels qui s’attellent à dépoussiérer la tradition.
Aujourd’hui, l’image vieillotte de la broderie d’antan est définitivement dépassée et l’abécédaire brodé reste un grand classique pour les brodeurs et les brodeuses adeptes du point de croix.
Si l’abécédaire reste l’intemporel témoin d’un patrimoine, il se brode de nos jours dans des styles résolument contemporains. Et même si on le trouve dans les chambres d’enfants agrémenté de motifs colorés et naïfs, il est aussi plébiscité par des brodeurs et des créateurs de talent qui ont su en renouveler le genre : en utilisant des rubans, des fils multicolores auxquels ils mêlent perles et sequins, ils proposent des abécédaires contemporains au rendu aussi lumineux qu’inattendu.

Sources
Gallica
Autour du fil, encyclopédie des arts textiles, Editions Fogtdal, Paris, 1988
https://www.anniecicatelli.com/abecedaire.html