Chaque année, le salon « Pour l’Amour du fil » de Nantes nous réserve son lot de surprises et de merveilles.
Cependant, l’édition 2026 restera pour moi celle d’une émotion intense qui vous étreint avant même de fouler le sol de cet évènement emblématique. En effet, dès l’entrée, une robe exceptionnelle, d’un rouge profond vous accueille.
Il s’agit de la Red Dress (La robe rouge), imaginée par l’artiste britannique Kirstie Macleod. Une œuvre textile magistrale, brodée de milliers de points venus des quatre coins du monde.
Voici son histoire…
Un projet insensé
En 2009, l’artiste textile Kirstie McLeod, assise à la terrasse d’un café, esquisse rêveusement une robe au dos d’une serviette. Mais qui aurait pu imaginer que des années plus tard, ce simple dessin griffonné sur un coin de table se transformerait en un projet fédérant une partie du monde autour d’une robe unique ?
À l’origine, Kirstie, dont le projet visait à faire naître un dialogue transnational unissant des habitants du monde entier, choisit la broderie comme ambassadrice. Pour elle en effet, « La broderie est un art accessible et inclusif ; la plupart des gens ont accès à une aiguille et à du fil et possèdent une certaine expérience de la couture, qu’elle soit fonctionnelle ou décorative. » (Interview pour le magazine Grazia India, édition indienne du mensuel italien de mode Grazia).
Ce projet, qu’elle baptise « The Red Dress » est une magnifique robe longue conçue à partir de 84 panneaux de soie bordeaux et qui rend hommage à l’histoire des femmes à travers les cultures, tout en célébrant la puissance de la solidarité.
Kirstie McLeod commence par acheter de la soie doupion bordeaux (soie sauvage) à Paris pour confectionner le corps de la robe. Souhaitant que celle-ci valorise la silhouette féminine tout en lui conférant un style intemporel, elle équilibre une taille corsetée et une jupe ample, ajoutant un décolleté plongeant, un col rigide et des détails de style militaire. « Je voulais que la robe donne une impression de puissance et de force », a-t-elle confié durant une interview.

En 2009, Kirstie passe une semaine entière à la fabrication de la structure du vêtement. A partir de là et durant 14 ans (et 3 mois), l’artiste va consacrer une partie de son temps à assurer la liaison avec des artisans du monde entier. C’est ainsi que la robe fera le tour de la planète, s’arrêtant dans 51 pays pour être patiemment ornée de 244 motifs, comme autant d’histoires ajoutées les unes aux autres.

Une robe pour des milliers de récits
Jusqu’en 2023, des fragments de la « Robe Rouge », puis la robe complète, voyagent à travers le monde pour être brodés. 367 femmes ou filles, onze hommes ou garçons et deux artistes non binaires s’attellent à cette tâche gigantesque. La robe traversera 51 pays, se hissant ainsi au rang du plus grand projet de broderie collaboratif jamais réalisé.
Kirstie MacLeod a voulu transformer cette aventure, presqu’une utopie, en un solide projet artistique qui donne la possibilité aux femmes du monde entier, surtout celles marginalisées et appauvries, de raconter leurs histoires personnelles.
C’est ainsi que cette œuvre d’art, dans un dialogue parfait, est notamment passée entre les doigts habiles de brodeuses dont certaines ont été rémunérées pour ce travail : réfugiées palestiniennes, victimes de guerres, femmes défavorisées du monde entier. En même temps, la robe a aussi fait une halte dans des studios de broderie haut de gamme d’Inde et d’Arabie saoudite.
Des millions de points comme langage universel.
Professionnel(le)s ou novices, tous les brodeurs/euses qui ont participé à ce projet ont été encouragé(e)s à raconter, à travers leur artisanat, une histoire personnelle qu’ils/elles souhaitaient partager et qui reflétait à la fois leur identité et le contexte culturel et traditionnel dans lequel ils/elles évoluaient. Certain(e)s ont ainsi choisi d’utiliser des techniques pratiquées depuis des siècles au sein de leur famille ou de leur lieu de vie ; d’autres ont raconté au travers de leur savoir-faire un fragment de leur histoire, de leurs traditions ou de leur culture.
C’est ainsi que l’on trouve sur la robe des caractères chinois, mais aussi des silhouettes représentant les habitants du continent africain, des oiseaux emblématiques des Balkans, de flamboyantes broderies mexicaines ou d’autres, précieuses, exécutées au fil d’or. Ailleurs, d’autres artistes ont choisi d’exprimer sur la soie et par des points simples des événements marquants voire traumatisants de leur passé, la robe agissant peut-être pour eux comme un baume au potentiel réel de guérison.

L’acquisition d’une dimension internationale
Lors de la toute première présentation de la robe à Dubaï en mars 2009, les broderies étaient loin d’être terminées. Elles furent donc ajoutées au fur et à mesure des années directement sur la robe ou appliquées sur le support, afin de remplir les espaces vides.
Depuis 2019 la Robe Rouge a atteint sa configuration finale : Recouverte de plus d’un milliard de points, aussi lourde des histoires individuelles et collectives dont elle est la voix que des fils et des perles qui l’ornent, elle pèse 6,8 kg.
Aujourd’hui, elle voyage sur les réseaux sociaux et dans les galeries et les musées les plus prestigieux du monde : De Paris à Dubaï, de l’Afrique au Balkans, de l’Europe à l’Amérique latine, sans oublier l’Inde ou les Etats Unis.
La Robe rouge, plateforme d’expression et de fierté pour celles et ceux qui ont participé à son embellissement, est un projet aussi pharaonique qu’Humaniste qui met en lumière des savoir-faire exceptionnels. Chaque détail brodé raconte une rencontre singulière, une voix particulière ou un geste partagé, transformant la parure en un véritable livre d’histoires humaines.
Aujourd’hui, ce tentaculaire projet, dont la pierre angulaire se nomme inclusion continue d’évoluer en cherchant à toucher des publics souvent bien loin des dynamiques de rassemblement (réfugiés, personnes vulnérables ou en réinsertion sociale, personnes malvoyantes et aveugles, etc.).

L’exposition de la Red dress dans des galeries, musées et espaces culturels à travers le monde entier s’adosse également à une volonté forte de se rendre accessible au plus grand nombre, dans une dynamique qui se veut plus que jamais symbole de collaboration mondiale et d’émancipation.
Que Kirstie McLeod, instigatrice de ce projet complètement fou qu’elle a su mettre au service des plus vulnérables, soit infiniment remerciée pour ce travail fabuleux de connexion, de communication et de rassemblement des peuples autour d’un médium universel : la broderie.

https://www.instagram.com/thereddress_embroidery/
Pour aller plus loin…
Tout d’abord un immense merci à Kirstie Macleod qui m’a autorisée à utiliser certaines photographies que vous retrouver avec d’autres, sur sa page instagram:
https://www.instagram.com/thereddress_embroidery/
Sources :
- L’affiche explicative accompagnant la robe rouge exposée au salon de Nantes;
- https://reddressembroidery.com/
- https://www.guinnessworldrecords.com/news/2025/10/record-breaking-red-dress-made-by-380-artists-worldwide-tells-stories-through-embroidery
