Le Bargello se définit comme une technique de tapisserie à l’aiguille effectuée à points comptés, généralement exécutée avec de la laine. Elle se caractérise par l’utilisation de points droits. Les motifs obtenus sont géométriques, en zigzag, en forme de vagues ou de flamme, ce qui donne en Italie le nom de punto fiamma à l’un des points du Bargello. La technique est particulièrement utilisée pour la décoration intérieure, l’embellissement d’accessoires et de vêtements.
Entre légendes et origines incertaines
La technique du Bargello naît au Moyen Age. Son origine est discutée : Pour les italiens, le point aurait été inventé par les femmes du nord du pays. Pour d’autres, son apparition serait liée à l’histoire de la princesse hongroise Jadwiga, mariée au roi de Pologne, et qui aurait apporté dans ses malles ce point de broderie inconnu. La technique, reprise dans tout le pays, serait arrivée en Italie où elle fut rebaptisée Bargello. D’autres pensent que l’origine de ce point revient à la reine Gisèle, première reine de Hongrie (985-1060).
Une autre légende raconte qu’un noble italien du XIVe siècle, qui souhaitait réhabiliter les détenus de la prison florentine du Bargello leur aurait fourni le fil et le matériel nécessaires pour broder. Leur travail aurait ainsi donné naissance au point de flamme, emblématique du Bargello.
Comme un clin d’oeil, le point Bargello, également connu sous le nom de motif florentin, est appelé en Italie « punto unghero », point hongrois.
Un fait certain est que la broderie Bargello tire son nom du lieu dans lequel elle a été officiellement répertoriée pour la première fois : le Palazzo del Bargello à Florence, en Italie. On retrouve ainsi dans l’inventaire de ce musée national la description d’une série de chaises datées du XVIIème siècle, dont l’assise et le dos sont agrémentés de broderies au « punto unghero ».

Une évolution des styles dans la décoration intérieure
Ce point, appelé « point florentin » dans l’Italie des XVIème et XVIIème siècle, s’est particulièrement développé sous la dynastie des Médicis et partout en Europe, période où les tapisseries et les meubles brodés sont alors très en vogue.
Cette technique qui, en jouant sur des longueurs de points, leur décalage et des combinaisons de couleurs ouvre des possibilités illimitées et des effets d’optique insoupçonnés.
Les motifs obtenus sont résolument modernes, ce qui n’a pas échappé aux artistes de la période Art déco puis à ceux des années 1960 qui s’en sont résolument emparés.
Dans cette seconde moitié du XXème siècle on assiste en effet à une résurgence de l’esprit de la Renaissance au travers du Bargello, les motifs étant adapté aux goûts de l’époque.
De nouveaux supports apparaissent, et le Bargello, initialement réalisé sur lin, est désormais brodé sur de la toile de coton unifil ou une toile de canevas.

Les motifs traditionnels sont modernisés et s’inspirent d’influences multiples, tant européennes qu’asiatiques. Des œuvres textiles ancestrales comme les tapis navajos inspirent les créateurs de modèles qui n’hésitent pas en outre à utiliser un vaste choix de couleurs. On observe même dans les années 1960-1970 une utilisation populaire du motif Bargello dans le domaine du patchwork.

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Aujourd’hui, les créateurs poursuivent le rajeunissement de cette technique simple qui permet d’obtenir des motifs surprenants, alliant les ondulations à l’illusion de motifs en trois dimensions, dans des dégradés d’une même teinte, produisant des effets d’ombres, ou au contraire des contrastes de couleurs, idéaux pour ennoblir des coussins, des sacs, des accessoires vestimentaires, mais également des surfaces plus importantes comme des panneaux muraux.

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Les principes de base du Bargello
Le Bargello est une technique de broderie au point compté. Son mode d’exécution et le support sur lequel il est traditionnellement brodé le font entrer dans la catégorie de la tapisserie à l’aiguille, également appelée broderie sur canevas.
Le Bargello consiste à remplir une surface à l’aide de points droits verticaux en suivant une grille. La répétition de ces points crée des motifs géométriques et symétriques. Le jeu de couleurs et d’ombres met en valeur les reliefs, les crêtes et les zigzags.
La broderie Bargello se pratique sur différents types de toiles au tissage régulier et à gros trous, mais aussi plus récemment sur des canevas en matière plastique.
Dans cette technique qui nécessite à la fois rigueur et méthode, il s’agit avant tout d’élaborer un motif principal qui sera répété séquentiellement.
Les points utilisés sont ceux de Florence, de Hongrie, de Byzance, de flamme et de brique. Quel que soit le point choisi, il sera toujours brodé parallèlement à la chaîne ou à la trame du canevas.

En jouant sur les combinaisons de couleurs, en variant la longueur des points et la façon de les décaler, le brodeur obtient une variété illimitée de motifs aux effets optiques parfois vertigineux.
Quatre grandes catégories de motifs permettent de classer les dessins du Bargello :
Les motifs à lignes continues s’exécutent avec des points de longueur égale et un décalage des points identique sur une même rangée. Cette technique, qui donne un rythme régulier au motif final peut s’avérer monotone sur une grande surface.

L’association de points longs et courts, appelée point de Hongrie se compose de groupes de trois points verticaux. Deux des points s’étendent sur deux fils de toile, le troisième sur quatre, simulant ainsi de petits blocs en forme de losange.
Les motifs de fond, répétitifs et de petite taille, permettent de réaliser des contrastes de texture et donnent du relief au modèle principal. Ils servent également à combler l’intérieur des alvéoles, dont les contours se travaillent en ligne continue d’un bord à l’autre du canevas, donnant à la pièce finale des effets extraordinaires rehaussés par les changements de couleurs de la laine.

Les motifs détachés et les motifs composites sont travaillés entre les points principaux ou en association avec eux, en harmonie avec les motifs de fond, seuls ou de façon répétitive.

Tapisseries à l’aiguille/ Le Bargello/ P Fischer et A. Lasker/Ed.Denoël 1978
L’artiste utilisera un fil de laine qu’il aura choisi en fonction de la taille des mailles du support. En effet, si la laine est trop grosse pour le canevas, les mailles de celui-ci vont se déformer et l’ouvrage se gondoler. Si la laine est trop fine, le canevas ne sera pas entièrement recouvert.
Mais il est aussi possible de combiner les fils de laine avec d’autres matériaux comme des fils de lin, de soie, de coton, de raphia… afin d’obtenir des résultats aussi variés qu’originaux.

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Pour la tapisserie Bargello on utilise des aiguilles à tapisserie sans pointe et munies d’un chas allongé, qui permet d’enfiler les brins de laine ou de fil sans les abimer. L’aiguille doit elle aussi être adaptée à la taille du canevas, afin de ne pas en déformer les mailles en allant et venant.
Enfin, le brodeur devra choisir une grille et une gamme de couleurs pour exécuter son motif.
A partir de là, le voici prêt à se lancer dans une aventure qui aboutira à la réalisation de motifs géométriques au rendu graphique plein de surprises !
Pour aller plus loin :
Tapisseries à l’aiguille/ Le Bargello/ Pauline Fischer et Anabel Lasker/ Denoël/1978
Autour du fil; L’encyclopédie des arts textiles/Vol 2 Edité par “Fait main”/1988
500 modèles de Bargello et autres motifs de canevas / Anaïs Hervé/ Ed. Mango/2022
