LE MUSÉE DES AMÉRIQUES – AUCH, UN LIEU QUI VAUT LE DÉTOUR

Musée : Du latin museum, lui-même emprunté au grec mouseîon.  

Signifie, au sens le plus ancien « temple des Muses ».  Selon la mythologie gréco-romaine, ces neuf divinités, filles de Zeus et de Mnémosyne présidaient aux arts libéraux.

Sarcophage des Muses, représentant les neuf Muses et leurs attributs. Marbre, première moitié du IIe siècle ap. J.-C. Louvre/Lens

Des collections privées à la naissance des musées

Dès la fin du Moyen-âge, l’intérêt pour les arts est présent chez les puissants.

Cette attirance se développe chez les rois de France qui s’inspirent en cela des princes italiens. De François 1er à Louis XIV, les collections réunies par les souverains sont le reflet des goûts de l’époque, ainsi qu’une ouverture sur l’art des pays voisins. En même temps, les arts se transforment en un outil capable de montrer la grandeur et la puissance d’un monarque.

C’est également à la Renaissance qu’apparaissent en Europe les cabinets de curiosités, considérés comme les ancêtres de nos musées : ces lieux, où se côtoient des collections hétéroclites, réunissent à la fois des objets rares, précieux, inédits ou scientifiques (antiquités, animaux empaillés, insectes séchés, coquillages, squelettes, herbiers, fossiles, …) et joueront un rôle fondamental dans l’essor de la science moderne.

Cabinet de curiosités de Léonard de Vinci. Le Clos Lucé (Copyright photo : Clos Lucé)

Dans la seconde partie du XVIII ème siècle, les premiers grands musées ouvrent leurs portes en Europe :  le British Museum en 1759, Mannheim en 1756, Dresde en 1760, Düsseldorf en 1770. A Florence, les Offices accueillent en 1767 la collection des Médicis, tandis que les collections pontificales sont installées au Museo Pio-Clementino en 1784.

Pendant la Révolution française, les collections royales et celles des Émigrés, ainsi que les biens du clergé sont saisis. La jeune République dresse l’inventaire de ces richesses dans le but de créer et d’enrichir les premiers musées du pays, dont celui du Louvre créé en 1791 et le Musée d’Histoire naturelle qui voit le jour en 1793.

Décret de saisie des biens du Clergé

Le musée des Jacobins d’Auch, l’un des premiers musées français

C’est dans ce contexte que naît le 16 décembre 1793 à Auch un « museum provisoire », dont les premières collections sont constituées par les saisies révolutionnaires rassemblées par le citoyen Jean-Baptiste Lartet, professeur de l’école des arts.

En 1795, le musée s’installe dans les locaux de l’École centrale du Gers.

La ville d’Auch (32;Gers)

Un jeune gersois, à l’origine de l’orientation précolombienne du musée

Les premiers objets précolombiens entrent quant à eux au musée grâce à l’Auscitain Guillaume Pujos (1852-1921), qui part pour l’Amérique du Sud en 1879.

Passionné d’art et d’archéologie, il rassemble au gré de ses déplacements une centaine d’objets qu’il rapporte à Auch, tout d’abord en 1896, puis en 1906. Les pièces proviennent des Andes, d’Équateur, du Pérou, de Bolivie, du Chili ou d’Argentine. En 1911, nommé conservateur du musée d’Auch, Guillaume Pujos profite de ce poste pour exposer les plus belles pièces de sa collection. Cette dernière, qu’il léguera au musée, dénote d’une excellente connaissance des civilisations précolombiennes et d’un indéniable goût artistique.

Portrait de Guillaume Pujos (1852-1921) par Maxime Dastugue, 1875

1911 – 2019 : plus d’un siècle d’histoire des collections américaines d’Auch

Au fil du temps, le fonds précolombien du musée n’a cessé de s’enrichir. Henri Polge, conservateur à partir de 1948, va notamment s’investir dans le transfert vers le Musée des Jacobins de collections américaines venues d’autres musées français. Le résultat de ce travail aboutira à la création d’une collection riche de plus de 1200 pièces.

Mais c’est l’acquisition en 1986 de La Messe de Saint Grégoire qui ancre définitivement la spécialisation américaine du Musée d’Auch. Ce tableau de plumes exceptionnel, réalisé en 1539 à Mexico, oublié durant quatre siècle et demi avant d’être redécouvert à Paris en 1985, correspond certainement à l’une des dernières productions des maîtres plumassiers aztèques. Cette pièce remarquable constitue un témoignage irremplaçable des tous premiers tableaux chrétiens issus du Nouveau Monde.

Messe de Saint Grégoire (1539). Mosaïque de plumes sur bois. Musée des Amériques-Auch

A cette étonnante mosaïque de plumes sont venus s’ajouter d’autres tableaux comme le triptyque de la Vierge du château musée de Saumur ou un médaillon du XVIII ème siècle, qui font qu’aujourd’hui que le Musée d’Auch est reconnu comme possédant l’une des principales collections de plumasserie précolombienne d’Europe.

Médaillon en plumes. Musée des Amériques-Auch

Depuis une dizaine d’années enfin, d’importantes et exceptionnelles donations sont venues enrichir le fonds historique, le portant à plus de 40000 pièces. Celles- ci proviennent entre autres du Pérou, de Méso- Amérique et d’Amérique Centrale.

La constitution progressive de cette fabuleuse collection nous offre aujourd’hui un large panorama de ces civilisations, qu’il s’agisse de la céramique, de la musique, de la danse, des arts textiles, de l’orfèvrerie ou de la sculpture, en passant par les objets rituels nécessaires au culte des morts et des ancêtres.

Vase à anses en étrier représentant un animal hybride crapaud-félin. Culture mochica (150-850 apr. J.-C.)

Une reconnaissance nationale et internationale

Reconnu au niveau national et international pour la qualité de ses collections précolombiennes, le Musée des Jacobins a été labellisé en 2016 « Pôle national de référence en art précolombien et art sacré latino-américain » par le ministère de la Culture.

Seconde collection française d’art précolombien après le musée du Quai Branly-Jacques Chirac, il prend en 2019 le nom de Musée des Amériques, et la richesse de ses collections le place au niveau du Museo de America de Madrid et du Museum für Völkerkunde de Vienne.

Musée des Amériques-Auch.
Photographie C. Monplaisi

Mais au-delà de cette spécificité, le musée représente également un formidable lieu consacré à la mémoire du territoire gascon. Les collections, classées en quatre grandes sections, couvrent l’Antiquité égyptienne et gallo-romaine, le Moyen- âge, ainsi que les arts et traditions du sud-ouest et de Gascogne et présente des faïences, peintures, sculptures, ainsi que des costumes traditionnels.

Portrait de femme portant le mouchoir de tête et de châle d’indienne. Anonyme, Gascogne;
XIX ème siècle

Le musée des Amériques, récemment rénové et réagencé, a pour volonté de rayonner au niveau national.

Au travers de son histoire plus que bicentenaire, il a su s’adapter aux modes et aux époques. Concernant son fond précolombien, il a su enrichir ses collections pour en faire un pôle d’excellence et transmettre un patrimoine millénaire. Mais il a également réussi à conserver son ancrage régional et nous transmettre l’héritage des savoir-faire et coutumes du pays gersois.

Masque funéraire en Tumbaga (alliage or-cuivre). Pérou

Merci au Musée des Amériques-Auch pour l’autorisation de reproduire certaines photographies de son site internet, dont vous trouverez le lien ci après.

Pour aller plus loin:

Musée des Amériques Auch; Collections. Ed. Snoeck (2019)

https://www.ameriques-auch.fr/

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