Le Plumarium: Carnet de voyage

L’objectif premier des pérégrinations automnales du Plumarium était de profiter de l’exposition du collectif Paris Occitan à Bruxelles pour visiter la ville et vous faire partager nos impressions sur cette présentation hors des frontières hexagonales de l’excellence de l’artisanat d’art occitan.

Mais c’est bien connu, voyage rime souvent avec découvertes imprévues. Ce périple dans le nord de la France et dans la capitale belge n’ayant pas dérogé à la règle, le Plumarium a enrichi cet objectif initial au fil des jours et des opportunités, pour rapporter une moisson de découvertes, d’impressions, de surprises et de souvenirs inoubliables.

En route !!!

Chartres et ses vitraux

Pour la première étape de ce voyage, le Plumarium s’est arrêté à Chartres, ville au riche patrimoine historique, et particulièrement à la cathédrale Notre Dame, construite entre 1194 et 1220 et mondialement connue pour ses vitraux.

Joyau de l’art gothique inscrit depuis plus de 40 ans au patrimoine mondial de l’UNESCO, cet édifice hors du commun est renommé pour son ensemble de vitraux d’une superficie totale de 2500 m², comprenant plus de 3500 personnages, et se distinguant par le fameux « bleu de Chartres », bleu azur d’une translucidité stupéfiante.

Cathédrale Notre Dame de Chartres: Choeur

Si la lumière ruisselant de ses vitraux impressionne le visiteur, le tour de chœur de la cathédrale constitue également une œuvre absolument exceptionnelle. Il faut prendre le temps de faire lentement le tour de cette étonnante frise en pierre sculptée, édifiée durant deux siècles (1514-1727). Se dressant sur plus de 6 mètres et d’une longueur d’environ 100 mètres, elle est un sujet d’étonnement absolu. A l’impression première de majesté et d’écrasement succède une sensation de légèreté, d’élégance et de délicatesse renvoyée par l’ornementation de la claire-voie qui subjugue l’observateur. Les statuettes semblent vous observer et les scènes sculptées paraissent vivantes. La multitude de détails traités au gré du temps et des courants stylistiques successifs forment un ensemble aussi majestueux qu’incomparable.

Cathédrale Notre Dame de Chartres: Tour de chœur/détail

La majesté de la cathédrale Notre Dame de Chartres, bâtie, endommagée, reconstruite, nous rappelle la place éternelle des bâtisseurs, architectes, sculpteurs, vitraillistes qui, par leur savoir-faire et leur passion nous ont légué ce joyau d’architecture qui a su traverser les siècles pour venir éblouir les visiteurs d’aujourd’hui. C’est également cette histoire qui est contée en lumière jusqu’au 31 décembre 2021, de la nuit tombée à 1 heure du matin : En illuminant de mille feux le parvis de la cathédrale, de savants jeux de lumière plongent le passant dans un univers aussi féérique que haut en couleurs, lui faisant revivre l’histoire du monument et celui de la ville.

Si le Centre international du vitrail était malheureusement fermé à notre arrivée, le Plumarium n’a pas boudé le plaisir de faire un petit détour par la galerie d’exposition située au pied de la cathédrale. Nous y avons admiré la finesse du travail d’artisans d’art vitraillistes contemporains comme le renommé maître verrier Jacques Loire (1932-2021), mais également des pièces issues d’un minutieux travail de restauration ainsi que des objets décoratifs comme des lampes ou de petits bibelots.

Tropical.
Vitrail de Jacques Loire

Dunkerque face à l’immensité de la mer

La suite du voyage a conduit le Plumarium jusqu’à Dunkerque, ville aux multiples visages, à l’histoire mouvementée et parfois dramatique.

La visite du magnifique musée portuaire nous raconte, au travers entre autres de maquettes de bateaux et de films, quatre siècles de l’histoire d’une ville dont le développement, des origines à aujourd’hui, est intiment lié au monde de la mer : Port de pêche, cité de corsaires, campagnes de la grande pêche à la morue “à Islande”… La ville devient au XIXème siècle le troisième port de France.  Les chantiers de construction navale qui s’installent et se développent fabriquent tout d’abord des navires alliant le bois et la voile, pour évoluer petit à petit vers la construction de coques métalliques destinées aux navires à vapeur, nouveaux maîtres des océans.

Musée portuaire de Dunkerque.
Détail d’une maquette de voilier

Une promenade ensoleillée le long des plages grandioses de Dunkerque conduit le Plumarium face à de superbes villas datant de la fin du 19ème siècle. La cité, déjà à l’époque ville balnéaire, profite pleinement de l’essor de la villégiature estivale et de la vogue des bains de mer. Les touristes, venus d’Angleterre, de Belgique ou des départements voisins affluent grâce à l’essor du chemin de fer. C’est ainsi qu’entre 1867 et 1900, le site de la future station balnéaire de Malo-les- Bains et le front de mer s’urbanisent. Héritage de cette période, de surprenantes constructions allient des styles architecturaux aussi variés et fantaisistes que le kitch ou le baroque, l’art nouveau, le style anglo-saxon ou brugeois.

Malo-les Bains.
Villas du front de mer

Un peu plus loin, à proximité de la grande digue, le jardin des sculptures du LAAC (Lieu d’Art et Action Contemporaine), s’étend sur quatre hectares de collines verdoyantes et arrondies qui rappellent le mouvement des dunes et du vent, et réjouit les yeux du promeneur par les œuvres contemporaines qui subliment l’espace.

Jardin du LAAC.
Champ de coquelicots.
Photographie La voix du Nord

Calais et Bruges : beauté et élégance intemporelle de la dentelle

Mais l’excursion en direction de Bruxelles aurait été incomplète sans un détour par les hauts lieux de la dentelle qui a fait la renommée de villes comme Caudry ou Calais en France, et bien sûr Bruges en Belgique.

Calais. Cité dentelle mode

A Calais tout d’abord, la Cité dentelle mode raconte, au travers de l’exposition de pièces extraordinaires, que la dentelle trouve ses origines en Angleterre, et qu’avant sa production mécanisée, elle fut le fruit, pendant près de trois siècles, du travail des dentelières. Celles-ci, à l’aide d’une aiguille ou de fuseaux, créèrent des pièces d’exception qui servirent à assoir la position des classes privilégiées. Image même du raffinement et du luxe, la quête de transparence passe alors par le jeu savant d’entrelacs de fils arachnéens que les dentelières maîtrisent avec brio.  Coûteuse, la dentelle représente ainsi à la fin du XVIème siècle un véritable faire-valoir social.

C’est parce que ce produit est en demande croissante que dans la première partie du XVIème siècle les Flandres, toutes proches et grandes productrices de lin, se lancent à leur tour dans le travail de la dentelle.

Héritage culturel de la ville de Bruges, c’est au Centre de la Dentelle, situé dans l’ancienne école de dentelle des Sœurs Apostolines, que nous découvrons des pièces uniques provenant de collections brugeoises, et que nous assistons avec émerveillement au travail de dentelières expertes ou novices de tous âges, maniant les fuseaux avec autant de dextérité que de passion.

Dentelle de Bruges. Détail

Mais si le travail de la dentelle faite main nous impressionne, l’intérêt du Plumarium est tout aussi aiguisé par l’histoire passionnante de sa mécanisation à Calais au début du XIXème siècle (1817). La cité dentelle mode, grâce à une démonstration de fabrication mécanique, montre à quel point les innovations apportées successivement aux machines les ont transformées au cours du temps en des merveilles de technologie. Avec leurs 11000 fils de trame et leurs cartons jacquart, ces métiers, âgés de deux siècles, continuent aujourd’hui comme hier à transformer des dessins, issus de l’imagination et du savoir-faire d’artistes en une dentelle délicate, plébiscitée par le monde du luxe pour sa finesse et sa qualité, et collant parfaitement aux tendances de la mode.

Dentelle de Calais. Détail
Métier à tisser la dentelle. Détail

Bruxelles, carrefour artistique d’hier et d’aujourd’hui

Voici le Plumarium arrivé au but initial de son voyage : visiter l’exposition organisée par le collectif Paris Occitan, dans la magnifique SR Gallery Art & Events Space, située au cœur du quartier du Sablon, réputé pour ses antiquaires et ses galeries d’art.

Mais avant de nous plonger dans l’univers de l’artisanat d’art et du savoir-faire passionné des porteurs de ce projet, la découverte de la ville, bien que superficielle, nous a elle aussi apporté de belles surprises et de grands bonheurs.

Décrire toutes les merveilles qu’offre la superbe Bruxelles serait trop long. Cependant, il serait dommage de ne pas profiter de cet article pour évoquer quelques lieux qui nous ont interpellés.
En flânant au gré des rues, Le Plumarium est allé de surprise en surprise en découvrant les passages couverts construits dans la première moitié du XIXème siècle, principalement près des grands axes qui drainaient, à l’époque de leur construction, la clientèle aisée.

Bruxelles. Passage couvert

Le face à face avec les constructions Art Nouveau de la ville a été quant à lui à la mesure de notre impatience à les chercher : Dans une espèce de jeu de piste, le Plumarium s’est amusé à arpenter les rues pour admirer entre autres les anciens bâtiments des magasins Old England (1898), aujourd’hui Musée des instruments de musique ou l’atelier du peintre Ciamberlani édifié en 1897. Cette plongée dans la Bruxelles des années 1900, lorsque la ville représentait un carrefour artistique unique, nous a également conduits jusqu’au Musée Fin de siècle qui rassemble des tableaux, dessins, aquarelles, gravures, sculptures et objets d’arts décoratifs de cette époque flamboyante.

Les anciens bâtiments Old England

Un détour par le Musée Magritte, possesseur de la plus grande collection au monde d’œuvres du célèbre peintre belge fait plonger le Plumarium dans l’univers déroutant du surréalisme, où le processus créatif prime sur l’objet d’art en tant que résultat artistique.

« Être surréaliste, c’est bannir de l’esprit le déjà vu et rechercher le pas encore vu. » écrivait Magritte. C’est tout à fait l’impression ressentie en traversant les salles de ce beau musée où se côtoient les créations de l’artiste, dans un parcours chronologique et thématique de son œuvre.

Magritte. Projet d’affiche pour la Centrale des ouvriers textiles de Belgique ((1938)

Passé le détour touristique, le Plumarium se dirige avec impatience vers le cœur du quartier du Sablon, pour admirer les œuvres exposées par le collectif Paris Occitan à la SR Gallery.

Nathalie Solano, bijoutière et Amalvi Pimenta, maroquinière malletière (Atelier 0’nolan et porteuse du projet), nous accueillent et nous font découvrir les créations exposées, nous détaillant avec enthousiasme le travail de chacun des 25 artistes qui se cachent derrière des pièces à couper le souffle.

Céramiste, mosaïste, ébéniste, maroquinier, plumassière, maître verrier, plasticienne papier, tapissière, ennoblisseur textile, bijoutière, vannière, sculpteur sur bois ou pierre, dinandier, tourneur sur bois, ils sont tous là, avec des réalisations aussi merveilleuses les unes que les autres.

Les matières qu’ils façonnent avec passion sont le résultat d’un savoir- faire ancestral comme pour le bois, le métal ou le pastel. Mais les créations deviennent très surprenantes lorsque l’on découvre les mosaïques de Nathalie Chaulaic, travaillées à base de coquilles d’œufs, ou les végétaux de Sophie Blanc, sublimés par la feuille d’or.

Nathalie Chaulaic. Mosaïque à base de coquilles d’œufs

Le Plumarium, passionné par l’artisanat d’art sous toutes ses formes, sort comme sonné de cette exposition, subjugué par toutes ces pièces mises en valeur, émerveillé par la passion et le savoir-faire qui émane de chaque création, petite ou grande, que Paris Occitan fait rayonner avec bonheur au-delà de l’Hexagone.

Villandry, ses jardins… et son atelier d’art

Si le Plumarium pensait, à ce point culminant de son voyage, en avoir terminé avec le plaisir des découvertes, c’était oublier que le trajet de retour vers Léguevin lui réservait encore une bien belle étape : Celle de Villandry et de ses jardins mondialement connus, magnifiques et colorés à cette époque de l’année.

Château et jardins de Villandry en automne.
https://www.instagram.com/karina_agn_photo/

Face au jardin et au château, plus discret mais tout aussi agréable, l’atelier de Soline Dupuy, situé dans l’ancien presbytère du village, nous attendait lui aussi.

Dans ce lieu au charme infini où se côtoient perles, plumes, fils de soie, tissus Haute couture, métiers à broder, carreaux de dentelle, Soline, artisan d’art en dentelle, broderie et fleurs, ayant travaillé pour les plus grandes maisons de Haute couture nous accueille comme toujours avec le sourire et le calme qui la caractérisent.

C’est dans cet espace hors du temps, et sous le regard aussi bienveillant que professionnel de cette talentueuse artiste que Catherine continue à se former aux techniques de broderie. Et c’est avec patience et toujours beaucoup de prévenance que Soline transmet son savoir-faire, ses trucs et astuces au passionnés des arts du fil. Qu’elle en soit chaleureusement remerciée !

L’atelier de Soline Dupuy

Mais tout voyage a une fin, et celui se termine sur ce souvenir délicieux. Il restera de ce périple de merveilleux souvenirs, des rencontres lumineuses et quelques photos, que le Plumarium a pris grand plaisir à partager avec vous, lecteurs assidus de ses articles.

Soline Dupuy.
Broderie au crochet de Lunéville.

Un grand merci à Marc, pour avoir organisé la logistique de ce voyage, et joué avec patience et beaucoup de sérieux le rôle de chauffeur et de guide.

Pour prolonger cette excursion, vous retrouverez ci- dessous les lieux, musées, artisans et artistes cités tout au long de cet article :

https://www.centre-vitrail.org/fr/

http://www.galerie-du-vitrail.com/

https://www.museeportuaire.com/

https://www.musees-dunkerque.eu/laac/histoire-du-laac

https://www.cite-dentelle.fr/fr/

https://www.visitbruges.be/fr/kantcentrum-centre-de-la-dentelle

https://www.musee-magritte-museum.be/fr

https://parisoccitan.fr

https://www.solinedupuy.fr/

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